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mardi 5 juillet 2005

Napoléon vu par Anatole France: délectable!

NapoleonbisAnatolefrancelavieenfleurD'un côté, un des grands personnages les plus controversés de l'Histoire; de l'autre une des plus belles plumes françaises.
Cela donne, entre autres, ce portrait à deux voix de Napoléon, extrait de La vie en fleur , de Anatole France, Editions Flammarion Folio.
C'est un des plus beaux exemples de portrait croisé de la littérature.
Asseyez-vous cinq minutes et délectez-vous:
(et merci à PAM!)



« De sa vie, je savais peu de chose et ne me souciais pas d'en savoir davantage; je n'avais pas alors, comme aujourd'hui, la curiosité du passé. A vingt ans, au déclin de l'Empire, il était entré dans l'armée, et avait fait, comme aide de camp du général D..., la campagne de 1812. Il avait eu les oreilles gelées à Smolensk. M. Dubois n'aimait pas Napoléon à qui il reprochait avec une égale amertume d'avoir fait périr cinq cent mille hommes en Russie et de s'être coiffé, pendant la campagne, d'un bonnet polonais à créneaux, fort séant, sans doute, aux magnats, mais qui lui donnait l'air d'une vieille femme.



- Et dans le fait, curieux et bavard, ajoutait M. Dubois, c'était une véritable commère. Quand je l'ai vu, il était gras et jaune. Il ne faut pas s'en faire une idée d'après ses bustes et ses portraits. Ses artistes, sur son ordre, corrigeaient son visage d'après l'antique. Il était commun dans ses manières, impoli avec les femmes, se barbouillait de tabac et mangeait avec ses doigts.
Mon parrain, M. Danquin, qui adorait l'empereur, bondissait à de tels propos.
-Moi aussi, je l'ai vu! s'écriait-il. En 1815, âgé de huit ans, j'étais à cheval sur les épaules de mon père. Il entrait à Lyon; sa tête était d'une beauté souveraine. Tel je le voyais, tel le voyait un peuple immense, pétrifié par ce grand visage, comme par la tête de Méduse. Nul ne pouvait soutenir son regard. Ses mains, qui ont pétri le monde, étaient petites comme des mains de femme et d'une forme parfaite...



...En ce temps-là, Napoléon vivait fortement dans les esprits. Deux
générations n'avaient pas encore passé sur sa gloire. Il n'y avait pas
vingt ans qu'il était venu, sur son char, dormir au bord de la Seine.
Deux de ses sœurs, trois de ses frères, son fils, ses maréchaux,
s'échelonnant dans la tombe, avaient éveillé tour à tour, à leur
départ, un écho de son nom. Un de ses frères, plusieurs de ses
généraux, une multitude de ses soldats et de ses collaborateurs
vivaient encore. Quelques vieillards simples d'esprit, comme ma bonne
Mélanie, le croyaient lui-même toujours vivant.
Toutes les conversations dont il était le sujet s'enflammaient.
- Ce fut le plus grand des capitaines, disait M. Danquin.
- Je le crois, répliquait M. Dubois, si l'on mesure sa grandeur sur ses défaites.
Et la dispute engagée se développait toujours dans les mêmes termes.
M. DANQUIN
Il
avait le génie de la guerre, comme il avait toutes les sortes de
génies. Son œil d'aigle voyait tout à la fois. Il possédait la présence
d'esprit, la mémoire, la connaissance des hommes, Je sens des foules,
une puissance de travail unique; il pénétrait dans les moindres détails
et les subordonnait à l'ensemble. Il passa dans l'action les limites
assignées jusque-là aux forces humaines.
M. DUBOIS
Il connaissait
les hommes, mais il haïssait les supériorités. Il ne souffrait auprès
de lui que des médiocres, ne voulait que des lieutenants et des commis.
Et quand, à l'heure de l'épreuve, il eut besoin d'hommes, il n'en
trouva pas autour de lui. Sans doute, il était intelligent; son regard
était lucide quand l'ambition ne le troublait pas. Mais il avait un
esprit terre à terre. Il voyait les hommes et les choses non pas en
philosophe, mais en administrateur. Indifférent aux théories, étranger
à toute philosophie, ce qui ne sert pas ses projets lui est
indifférent. Même dans la mécanique, où il est sur son terrain, il
rejette ce qu'il ne juge pas d'un profit immédiat, comme les bateaux et
les voitures à vapeur. Chez lui, jamais une idée désintéressée, une
spéculation pure. Il ne soupçonna jamais le génie d'un Lavoisier, d'un
Bichat, d'un
Laplace. Il avait la pensée en horreur.
M. DANQUIN
C'est-à-dire que sa nature répugnait à l'idéologie et aux idées creuses. Il avait le génie de l'action.
M. DUBOIS
Il
n'avait pas le sentiment de la mesure. On trouve en lui des contrastes
qui étonnent. Il est tout action, et il tombe dans le romantisme. Il y
a en lui du grand homme et il y a de l'enfant. Voyez-le dans ces
croquis où Girodet le surprit au théâtre de Saint-Cloud: sa tête
poupine est d'un enfant, d'un enfant de Titan, si vous voulez, mais
d'un enfant. Au moral, il garde de l'enfant la puissance d'illusion, le
goût de l'énorme, de l'excessif et du merveilleux, l'impossibilité de
résister à ses désirs, une légèreté d'esprit qu'il porte jusque dans
les situations les plus graves, et cette faculté d'oublier que la
plupart des hommes perdent au sortir de l'enfance et qui subsista chez
lui dans la maturité de l'âge.
M. DANQUIN
Il fallait bien qu'il détendît parfois son esprit tendu à se rompre: il y avait mis le monde entier.
M. DUBOIS
Ce
fut un joueur et, comme tous les joueurs, il finit misérablement. Il a
dit une fois: « On n'agirait jamais si, pour agir, on attendait d'avoir
toutes les chances pour soi. » Ce mot révèle le joueur. Les joueurs
veulent des émotions fortes. L'incertitude est nécessaire il leur
volupté. Ils n'auraient plus de plaisir s'ils jouaient à coup sûr. A la
paix, il préférait la guerre, parce que la guerre offre plus de risques
et plus de chances, Et quand il avait perdu au jeu des armes, c'est au
même jeu qu'il demandait de réparer ses pertes.
Et qu'a-t-il laissé,
votre héros ? Quelle est son œuvre? Il s'est jugé lui-même à Munich, en
1805, ou en 1809, le jour où trouvant dans la chambre qu'on lui avait
préparée un portrait de Charles XII, il dit avec un impérieux dédain: «
Qu'on ôte ce portrait! C'est un homme sans résultat. » Ce jour-là, il
dicta sa propre condamnation au tribunal de l'Histoire, lui qui devait
être entre tous les grands hommes l'homme sans résultat.
M. DANQUIN
Sans
résultat !... II a sauvé la France de l'anarchie, il a consolidé les
conquêtes de la Révolution, fondu dans la fournaise de son génie
l'ancienne société et la nouvelle et obtenu ainsi un alliage d'une
force, d'une richesse, d'une beauté uniques, il l'épreuve du fer et du
feu, des torches de la guerre civile comme des canons de l'étranger! II
a créé la France nouvelle et donné à la patrie ce qui lui est plus
précieux que l'or, plus nécessaire que le pain, la Gloire.
Et les
breloques de M. Danquin sonnaient la charge sur son ventre tandis que
M. Dubois tournait entre ses doigts sa boîte comme pour en associer les
formes géométriques à celles de sa pensée. Et cela faisait un groupe
digne de figurer dans l'École d'Athènes de Raphaël.
l\1on parrain
avait le goût des batailles, qu'il n'avait vues qu'en peinture; M.
Dubois, qui avait passé la Bérézina, en avait rapporté l'horreur de la
guerre. Ayant donné sa démission, en 1814, il ne reprit pas de service
sous la Restauration qu'il n'aimait pas plus que l'Empire. Il
regrettait Marc-Aurèle. »


(source image)


lundi 4 juillet 2005

Les 100 villes qui font l'économie française

Remyarnaud100villesCe n'est pas tout à fait un roman mais c'est le genre de guide qu'on est bien content d'avoir sous la main quand on débarque dans une ville où on manque de repères pour le business: Les 100 villes qui font l'économie française, de Rémy Arnaud, BHM Editions avec Les Echos.
Un "guide pratique à vocation économique" comme il se définit lui-même. En clair: l'outil de base du VRP moderne, qu'on dénomme maintenant le voyageur d'affaires.
Par exemple, pour chaque ville étudiée, vous trouverez les coordonnées complètes des responsables locaux. Ca peut servir et ça fait gagner du temps.
Un travail de fourmi fait par l'auteur, grand spécialiste des classements et des régions.
Un seul défaut, le prix: 49,50 euros...(TTC quand même!)



vendredi 24 juin 2005

"Cro-Mignonne!": l'homme préhistorique était aussi une femme!

PrehistoirefemmechasseressePrehistoirevulveC'est la dernière grande découverte, dans le numéro de juillet 2005 de SCIENCES&AVENIR...
Blague à part, voilà un dossier palpitant, très bien illustré, avec cet appel de Une qui en dit long:
"Préhistoire: la femme, entre science et fantasme".
Bref, Lucy était peut-être un homme, ce bloc de calcaire gravé il y a 29 000 ans représente bien une vulve et cette sculpture-là n'est pas de Maillol ni Botero mais d'un Bulgare d'il y a 8 000 ans..
PrehistoirebustefemmePrehistoirefemmeguerredufeuCette chasseresse du paléolithique est la vision du photographe Achille Lemoine (1908).
Et elle, on en a tous été amoureux dans La Guerre du feu, de Jean-Jacques Annaud (1981, déjà, comme le temps passe!); publiée par S&A avec cette légende très scientifique: "L'amour, oui, mais dans quelle position?"







Nos grands-parents ressemblaient peut-être à ce couple et notre grand-mère à cette belle sculpture, tout est possible...
PrehistoirefemmegraveePrehsitoirecouple











Pour le savoir,...



Sceincesetavenircoverprehistoire
... lisez le magazine!


mercredi 8 juin 2005

L'intuition pour bien manager

Elle est consultante et  chroniqueuse dans Entreprises & Carrières. Je la reçois demain sur BFM et du coup j'ai relu avec plaisir deux de ses ouvrages récents:
MeryemlesagetlemanagerintuitifMeryemlesagetchangez-Le Manager intuitif , de Meryem Le Saget, Editions Dunod (2003). Nouvelle édition du livre déjà vendu à 25 000 exemplaires, enrichie. "Comment prétendre changer le monde, si nous tremblons pour notre pouvoir?"... Un ouvrage de réflexion et d'action, bourré d'infos et de conseils.
-A vos marques, prêts? ...changez! , de Meryem Le Saget et Pessin (dessins), Editions Liaisons, Collection Entreprises & Carrières (2002). Les dessins de Pessin (Le Monde, Entrerpise & Carrières) font mouche et illustrent bien ces chroniques vivantes et concrètes.



lundi 6 juin 2005

C'est beau l'Amérique

« Le pays est comme un morceau de viande au supermarché. Ca a l’air bon, frais et luisant sous la cellophane mais si tu déchires un tout petit bout d’emballage, la viande  dedans commence à pourrir. »
Markcostellolesmaitresdujeu Mark Costello, à propos de l’Amérique, dans Les maîtres du jeu , Editions Actes Sud.
A lire absolument, chronique désabusée, humour noir, relations humaines désarçonnées mais fortes. L'Amérique comme on ne vous en parle pas tous les jours.



vendredi 20 mai 2005

La rédaction de ma fille Zoé, 14 ans, sur le duel du journaliste Georges Duroy dans <em>Bel Ami</em> de Guy de Maupassant <em>(1885)</em>

MaupassantbelamiIl faisait froid. C’était le matin au lever du soleil. Duroy et le combattant se placèrent sur le terrain à plusieurs mètres l’un de l’autre. Duroy avait peur, il tremblait en tenant son pistolet de la main gauche. Ses jambes avaient du mal à le supporter. Le combattant, qui s’appelait Jean Dupont, avait l’air sûr de lui. Il y avait de quoi : Jean était un homme grand, jeune et fort, alors que Duroy était petit, plutôt âgé et maigre. Jean et Duroy s’étaient rencontrés lors d’un séminaire au Maroc. Jean avait provoqué Duroy qui avait décidé d’organiser un duel. Ce qu’il n’aurait jamais dû faire…
Duroy, se rendant compte qu’il ne faisait pas le poids, voulut négocier. Jean refusa immédiatement. Après ce refus, Duroy devint pâle et son corps se mit à trembler de plus en plus. Jean, l’homme robuste, ricanait, seul dans son coin.
Tout à coup, Duroy s’énerva (peut-être à cause des moqueries de Jean) et il tira sans prévenir dans la jambe droite de Jean [NDLR : le prof note rageusement dans la marge : « Mais c’est interdit ! »]. Jean ne rigolait plus : il s’écroula par terre en hurlant. Duroy s’approcha de lui, le regardant avec mépris. Il tira une seconde fois, dans la jambe gauche du combattant qui hurla encore plus fort.
Duroy ne tremblait plus. Il était fier d’avoir à ses pieds l’homme qui l’avait provoqué. Jean avait l’air si bête, par terre, devant lui. Au moment où Duroy allait tirer une dernière fois, dans la poitrine de Jean, une femme, la femme de Jean, qui se nommait Delphine Dupont, se jeta à ses pieds. Duroy était catastrophé : cette femme si belle, pleurant, lui fit de la peine. Elle avait déjà du beaucoup souffrir en voyant son mari se prendre deux balles dans les jambes. Duroy, redevenu faible, se retourna et marcha devant lui. Ce fut la plus grave bêtise de sa vie.
Delphine voulut se venger : elle prit le pistolet de son mari et tira dans le dos de Duroy qui tomba aussitôt. On entendit un dernier cri de désespoir sortant de sa bouche. Il mourut pour avoir eu de la peine pour cette belle femme qui, elle n’eut aucun mal à tuer l’homme faible qui avait demandé un duel qui n’aurait jamais du se produire.
Un duel perdu pour un honneur perdu.



Mon commentaire : Zoé devait raconter la scène (qu’elle n’avait pas encore lue). Le prof, apparemment, n'est pas d'accord avec sa vision du duel... Et vous?



Bel Ami de Guy de Maupassant, Gallimard Folio Poche


vendredi 13 mai 2005

Art moderne: Congo The Chimp, Boronali l'âne et Evguénie Sokolov le pétomane

SergegainsbourgevegueniesokolovJe tombe sur cette annonce de vente aux enchères de la maison Bonhams pour l'auteur Congo et cela me rappelle l'histoire de Boronali (lire plus loin la version de Roland Moreno) puis encore ce livre que j'avais adoré Evguénie Sokolov , de Serge Gainsbourg, chez Gallimard : Gainsbourg raconte comment peignait Sokolov le pétomane: assis sur un siège à ressort, avec un pinceau dans les fesses....
CongothechimpuntitledabstractVoici pour votre culture les deux oeuvres : celle de Congo (le singe) "Untitled Abstract" et celle de Boronali (l'âne): "Coucher de soleil sur l’Adriatique". Pas mal, non?
Boronali....
....



Entrée solennelle d’un âne dans l’Histoire de l’Art
[Extrait de Théorie du Bordel Ambiant, de Roland Moreno, Belfond, 1990]
Une espèce de démonstration par le ridicule [en] a été administrée par Roland Dorgelès, en un admirable canular monté il y a plus d’un siècle :
Le Festival d’automne de 1905 ayant fait connaître les premiers fauvistes (Matisse, Vlaminck, Marquet, Derain), certains commentaires plus désagréables que d’autres avaient pu être entendus : “barbouillages informes… jeux barbares… aberrations picturales… mauvaises plaisanteries… débauche orgiaque de couleurs, cauchemar, mystification”, et d’autres encore.
À un aubergiste de ses voisins, Dorgelès emprunta son âne. Et, à la queue de celui-ci, il fixa un pinceau.
Puis, dans le jardin montmartrois du farceur, commodément installé devant une table chargée de ca-rottes, d’épinards, de cigarettes, et, en présence d’un huissier, l’animal commença à se gorger de friandises et à remuer sa queue. Celle-ci frottait au passage contre une toile disposée par Dorgelès sur une chaise, à bonne hauteur. Toutes les dix minutes, le pinceau frotteur était autoritairement trempé dans un pot de couleur  différente.
Une fois le résultat jugé satisfaisant, Dorgelès et ses copains lui attribuèrent une signature (“Boronali ”) et un titre : "Coucher de soleil sur l’Adriatique", avant de courir l’exposer au Salon des indépendants.
Le style “excessif” de Boronali y fit l’objet de certaines critiques (en raison de la personnalité hypertrophiée qu’il semblait refléter) mais le tableau trouva preneur, pour 400 francs .
Boronali est un peu comme ce que l’on [souvenez-vous] disait de Mai 68 : rien n’aura jamais plus été comme avant dans le monde de l’Art après ce canular historique.
Toute la problématique de la création artistique se trouve en effet ramenée, grâce à Boronali, dans le champ de l’incertitude. Cet âne prouve à lui seul, que dans le domaine de l’art, l’incertitude — quelle qu’en soit la proportion — suffit à provoquer un désordre total.
Hypothèse (démonstrative et scientifique) : le Coucher de soleil est présenté à un expert ignorant le style (et surtout le nom) de Boronali. S’agit-il d’un jeune peintre albanais, très célèbre dans son pays (genre de Picasso à ses débuts), ou bien est-ce un âne à la queue duquel on a accroché un pinceau ? Pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que l’expert ne dispose évidemment de rien pour trancher.
Variante : deux toiles seraient soumises à un expert étranger qui ne connaît pas Coucher de soleil, cette fois faussement signé de Soulages , et à un autre Boronali (pourquoi pas un Lever de soleil ?) attribué à un confrère du même Soulages : l’expert est encore incapable de se déterminer.
Une seule dose de désordre suffit donc à créer 100% d’incertitude .
À l’autre bout de la gamme, on trouve une autre mystification, dont le rappel est aussi souvent mal vécu, par les amateurs d’art pictural, que celle montée par Dorgelès.
Au lieu d’un âne, il y avait en effet, dans les années 30, un remarquable peintre, dont les talents de copiste trouvaient un épanouissement particulier dans les reproductions de Bruegel, Vermeer, et — c’est le plus important  — Bouguereau (peintre peu coté à cette époque).
Ce peintre était l’âme damnée d’un escroc, dont l’absence d’humour était efficacement occultée par une solide âpreté au gain ; celui-ci avait élaboré l’admirable scénario suivant :
1. Copier (et signer) une trentaine de flamands et hollandais (œuvres choisies parmi les moins en vue).
2. Vernir soigneusement les trente toiles.
3. Par-dessus le vernis de chacune d’elles, copier (et signer) des Bouguereau.
4. Du Havre, et en ayant pris soin de déclarer la totalité de ses bagages (y compris et surtout les trente “Bouguereau”), l’escroc s’embarque pour New York.
5. Depuis Paris, son complice télégraphie aux autorités portuaires new-yorkaises, et dénonce comme elle le mérite cette “exportation illégale de peinture flamande maquillée”.
6. L’escroc peut donc être cueilli, dès sa descente de la passerelle, par une brigade douanière spécialisée, qui s’empresse de frictionner les tableaux avec les chiffons et les solvants adéquats.
7. Effondré devant la révélation des Rembrandt, des Rubens et des Vermeer, l’escroc s’incline devant l’évaluation qui en est faite par les autorités, et se trouve obligé de payer (sous peine de séquestration) de très forts droits d’entrée, d’un montant évidemment égal à la différence entre les droits acquittés pour les toiles de Bouguereau et ceux applicables aux chefs- d’œuvre flamands frauduleusement importés.
8. Mais il a de l’argent sur lui, il paie les trente amendes de  1 000 francs chacune.
9. Une fois en règle, on devine qu’il achève de nettoyer les pompiers décors désormais inutiles, et qu’il s’empresse alors de vendre, au centuple, ces trente primitifs flamands désormais authentifiés par le reçu officiel des douanes.


Embêtante, quand même, cette émotion artistique exaltée par un coup de tampon. Non ?


jeudi 12 mai 2005

La citation du jour: Mark Twain sur Napoléon et Helen Keller

HelenkellersourdeaveuglemuetteJe l'ai trouvée dans la préface du traducteur A. Huzard du livre que ma fille Zoé, 14 ans, m'a demandé de lui offrir: le célébrissime et toujours aussi émouvant Sourde, muette, aveugle - Histoire de ma vie , de Helen Keller, Petite Bibliothèque Payot.
Si par hasard il vous a échappé, plongez-vite dans ce bain d'émotion, d'intelligence et de coeur.
Donc ce traducteur :
"Marc Twain a dit que les deux personnages les plus intéressants du 19e siècle étaient Napoléon et Helen Keller".
HelenkellerannesullivanNapoleonD'où ma double réaction:



- Helen Keller, je veux bien. Mais Napoléon?
- Des deux, qui est vraiment sourd, muet, aveugle?



PS: pourquoi cette rubrique SOUTIEN HORIZONS? relire ma note



lundi 9 mai 2005

La citation du jour: Goethe cité par Nietzsche

Nietzsche2econsiderationintempestive"Je déteste tout ce qui ne fait que m'instruire sans augmenter mon activité ou l'animer directement".
C'est dans l'avant-propos de Deuxième considération intempestive ,  de Friedrich Nietzsche, Editions Mille et Une Nuits.
Et c'est partant de cette citation de Goethe que Nietzsche construit sa célèbre argumentation (1874) contre les tenants conservateurs de l'Histoire et le nationalisme triomphant de ses compatriortes.
Une réflexion qui me paraît d'actualité.
J'adore cette collection de petits bouquins chez Mille et Une Nuits, à 2,50 euros TTC!
Au-dela de ses idées percutantes, le style de Nietzsche est lui aussi très percutant, pour autant qu'on puisse en juger à travers la traduction mais celle-ci - je ne suis pas un spécialiste- me paraît vraiment bonne: "Nous avons besoin de l'Histoire pour vivre et pour agir, et non point pour nous détourner nonchalamment de la vie et de l'action, ou encore pour enjoliver la vie égoïste et l'action lâche et mauvaise."  L'homme qui se définit ici comme un "philologue classique" est aussi un moraliste.



La Résilience ou comment renaître de sa souffrance

Boriscyrulnikrsilience"C'est absurde, les enfants n'ont pas besoin d'affection pour se développer" disait la célèbre anthropologue Margaret Mead, justement qualitiée ICI de "personne d'une incroyable naîveté".
C'est grâce à ce genre de positions que les enfants, les adolescents ont pu souffrir tranquillement pendant des années.
Aujourd'hui, heureusement, on sait que même manger et boire se font déjà dans le cadre d'une relation affective.
Pour ceux que la souffrance, quelle que soit son degré - si je puis dire! - des enfants et des ados interpelle, voici donc le livre qu'il faut lire:
La Résilience, ou comment renaître de sa souffrance , sous la direction de Bois Cyrulnik et Claude Seron, Editions Fabert, Collection Penser le monde de l'enfant.
"Tu vas voir, m'avait prévenue une amie psy, Cyrulnik est un psychiatre qui parle normalement." C'est vrai.
Extrait: ...



"Si un enfant est suffisamment entouré, s'il dispose de tuteurs de développement autour de lui - tuteurs biologiques, sensoriels, affectifs, verbaux et socioculturels -, il va pouvoir se faufiler comme il pourra pour se développer suffisamment.
Mais quand il est blessé, quand il y a un traumatisme inscrit dans la réprésentation de soi, dans l'idée qu'il se fait de lui-même, c'est avec cette blessure, c'est avec ce traumatisme qu'il aura à se développer. Alors là, le traumatisme est inclus dans sa personnalité."


vendredi 6 mai 2005

Lapin ou canard?

Lapincanardjastrow1901GombrichartillusionUne illustration trouvée dans le livre L'Art et l'illusion , de Ernst H. Gombrich, Editions Phaidon.
Lui l'attribue à un dessin de l'hebdomadaire humoristique Die Fliegenden Blätter.
ICI, on l'attribue à Jastrow (Professeur Joseph, I presume), 1901.
Gombrich met plus de 300 pages à répondre à la question et c'est absolument passionnant. Pas facile, faut s'accrocher mais si on se pose cette question de savoir pourquoi l'art exprime autre chose que la vision personnelle de l'artiste, alors on plonge dans cet ouvrage. Complément indispensable à sa célébrissime, très classique et néanmoins incontournable Histoire de l'Art. Merci encore à Alarc'h de me l'avoir signalé.



mercredi 4 mai 2005

Décortiquer l'innovation

InnovationC'est un concept à la mode, le gouvernement en fait des agences, les gourous ne parlent que de çà pour sauver les entreprises...
L'ouvrage Innovation, Désordre, Progrès de Pierre Tabatoni (Editions Economica), lui au moins, rentre dans le vif du sujet.
Il part de l'opposition mythologique entre Prométhée , le créatif et son frère Epiméthée le conservateur (ça me rappelle l'oncle Tania dans "Pourquoi j'ai mangé mon père" de Roy Lewis) pour faire un point complet.
Son credo: innover c'est bouillonner, créer du désordre. J'aime bien.
Source image
PS: pour commander ce livre, n'oubliez pas mon principe de SOUTIEN HORIZONS...



dimanche 24 avril 2005

Pour tout savoir sur les duels, au cas où...

Martinmonestierduels Duels, de Martin Monestier, est la nouvelle livraison du spécialiste des techniques et bizarreries de l'histoire; il a ainsi ausculté les Peines de mort, les Suicides, les Animaux-soldats, les Poils, les Seins, les Faits Divers: c'est devenue une marque de fabrique des éditions Le Cherche Midi. Et là, une fois de plus, on s'amuse bien et on apprend plein de choses.
Caïn et Abel fut-il le premier duel de l'histoire? Et le dernier, celui de Gaston Deferre, en 1967, alors secrétaire d'Etat, maire de Marseille, président du groupe socialiste, contre René Ribière? Le député du Val d'Oise, ancien sous-préfet, qui n'avait jamais fait d'escrime avant de provoquer en duel Defferre  - un initié - fut logiquement blessé, deux fois, avant que le directeur de combat, Jean de Lipowski, ne cesse le combat à l'épée.
Eh bien, non! Le dernier recensé, en 2003, est un combat au fer à repasser entre deux pensionnaires d'une maison de retraite australienne: "Ca n'a pas fait un pli" a dit la gagnante.





Quelques livres de ma bibliothèque

Pas de nouveautés. Simplement, des livres que j'ai relu ou reparcouru récemment et que j'aime bien.
Artopaasilinnalievrevatanen Si vous ne connaissez pas Le Lièvre de Vatanen, du finnois Arto Paasilinna (réédition en livre de poche), vous avez de la chance parce que vous allez bien vous amuser. Sourire, humour, nostalgie, récit, écologie, absurde. Un cocktail unique dans la littérature. Une fois que vous aurez goûté à ce lièvre-là, en plus, vous pourrez lire tous les livres de Paasilinna, absolument tous, et, à chaque fois, vous vous amuserez autant. C'est rare.
Ismailkadarepoemes Poèmes de Ismaïl Kadaré, dans une traduction que je ne peux évaluer car je ne parle pas l'albanais mais que je trouve un peu précieuse. Mais une voix forte parle et on l'entend:
"J'attends que se lèvent des lendemains radieux,
moi, porte-parole des cieux."
HermanhessecontesmerveilleuxCes Contes merveilleux de Herman Hesse portent bien leur nom. Ils renouent avec la grande tradition allemande du romantisme et du fantastique. Ainsi le dernier conte, celui du derviche qui saute par-dessus son ombre, renvoit à un des héros les plus célèbres de la littérature allemande, Peter Schlemihl, l'homme qui a perdu son ombre, créé par Adalbert von Chamisso.
Pierremanentphilosophie Prenons avec tranquillité ce Cours familier de philosophie politique, de Pierre Manent. Car il se met à notre place, il parle pour nous: "Nos sociétés sont organisées pour la science et pour la liberté." Ce spécialiste de Tocqueville est aussi limpide que lui. Au passage, il tente de nous redonner confiance dans la politique dont il veut faire le véritable ordre humain. La tâche n'est pas facile.



jeudi 21 avril 2005

Une Histoire de l'Art pour tous

GombrichartC'est pas vraiment un scoop, cette Histoire de l'art de Ernst Hans Gombrich, puisque c'est la 16e édition (chez Phaidon). C'est sans doute l'un des ouvrages les plus célèbres sur l'art.
Mais, faut le dire et le redire, c'est un livre magnifique, lisible par tous, incroyablement bien illustré. On peut le faire lire à ses enfants. Gombrich raconte l'art comme personne.
Bien sûr, c'est un classique, il n'aime pas trop l'art très contemporain mais, justement, pour réviser ses classiques, y'a pas mieux!
Pour cette dernière édition, j'ai flashé sur la couverture: Lascaux et Mondrian, deux des plus fortes émotions que j'ai jamais eues. C'est vous dire!



jeudi 14 avril 2005

Le Cercle des Economistes pas disparus

CercledeseconomistesEh oui! Ils sont bien vivants, les Patrrick Artus, Jean-Hervé Lorenzi et autres Dominique Roux. Et ils publient, sous la houlette de Christian Bret (ex France Telecom) et de Marc Guillaume, leur Cahier n°7 sobrement intitulé : "TIC: Après la bulle, le temps du réel".
Les Cercle des Economistes est un groupement d'économistes qui exercent ou ont exercé des fonctions dans le domaine public ou privé. Sous-entendu: des penseurs peut-être, mais aussi des praticiens.
Résultat: un petit ouvrage bourré de renseignements (et de chiffres, forcément!) qui tente de faire un point précis sur l'impact des TIC (technos de l'information et de la communication) après l'éclatement de la bulle.
Leur ouvrage s'inscrit bien évidemment dans une dimension européenne. Il donne 4 pistes:
- renforcer l'investissement en R&D et en éducation;
- relancer une politique active de l'immigration ("L'Europe vieillit, donc s'appauvrit.");
- diffuser les TIC dans le tissu économique, notamment les services;
- définir une politique du risque (géopolitique ou technologique).
L'ouvrage sortira peut-être sous forme de livre. Il est pour l'instant en diffusion limitée.
Pour info, contacter Christian Bret.



mardi 12 avril 2005

« Je suis connecté, donc j'existe! » ou l'apologie de l'effet papillon

CecilemoulardmailconnexionCecilemoulard_2Celui-là, je l'ai lu en détail et il est vraiment utile pour essayer de comprendre ce qui nous arrive, si on accepte de ne pas avoir tout compris:
Mail Connexion, la conversation planétaire, de Cécile Moulard, Editions Au Diable Vauvert.
L'auteure est une pionnère de la nouvelle économie, elle a dirigé Amazon.fr et dirige maintenant le site meetic pour les coeurs isolés. Je l'ai reçu à BFM et elle a plein de punch, ça fait du bien.
Elle dit ce qu'elle pense, en citant Jeremy Rifkin - l'auteur culte de L'âge de l'accès, la révolution de la nouvelle économie (disponible enfin en français en mai 2005, 4 ans après sa parution!) et de La fin du travail - :

« Le dicton de Descartes : "Je pense donc je suis", a été remplacé par le dicton: "Je suis connecté", donc j'existe."»





C'est un bouquin très concret (glossaire, explication de sigles, charte de l'emaileur courtois page 295, à méditer par tous). Il est plein d'exemples vécus et bourré de conseils. Il est bien écrit, il se lit vite.
C'est
peut-être le premier ouvrage qui prend un peu de recul sur le phénomène de communication et d'échange né avec internet et le mail. Et qui essaye d'en dégager les grandes lois et les grandes peurs: "de la prise de contact à la prise de conscience, la route est longue."
Il se termine par de belles formules:

« La coresponsabilité : une des conséquences bénéfiques de l'effet papillon. »

L'effet papillon, c'est une trouvaille du météorologue Edward Lorenz: une infime variation des conditions initiales d'un système peut bouleverser complètement son évolution.

« Un battement d'aile de papillon à Paris
peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête à New York. »


Alors, papillons du monde entier,  battez des ailes à l'unisson!


Des bouquins pour avoir l'air branché

BenoitdesavoyeblogsC'est chez M2 Editions et il y en a pour tous les goûts: les blogs, les wikis, , les "foules intelligentes" (si-si!c'et nous!), le "futur virtuel" (eh oui, le futur réel, ça n'intéresse personne).
Un petit format, des auteurs connus et branchés, c'est plutôt bien écrit (bon d'accord, j'ai feuilleté rapidement...). C'est concret, pratique, il y a plein d'infos, on ne va donc pas faire la fine bouche. Et ça vaut 20 euros pièce.
Maintenant, le débat est toujours le même: si je ne connais pas grand-chose aux blogs, est-ce qu'un bouquin fera l'affaire?... Je vous laisse juge. Moi, bien sûr, j'espère, j'aime les livres, je ne peux pas vivre sans...
(j'ai mis les anciens liens Amazon parce que je ne comprends strictement rien à leurs nouveaux liens, si quelqu'un peut m'éclairer?)
Voici ceux que j'ai parcouru:



Les Blogs, Nouveau média pour tous, par Benoît Desavoye, préface de Loïc Le Meur.

JeromedelacroixwikisLes Wikis, espaces de l'intelligence collective, par Jérôme Delacroix.

HowardrheingoldfoulesFoules intelligentes, la révolution qui commence, par Howard Rheingod, préface de Daniel Kaplan (FING).

Malogiroddelainfuturvirtuel2010, Futur Virtuel, comprendre, agir et s'amuser de notre futur proche, par Malo Girod de l'Ain, préface de Maurice Khawam (IE-Club)


vendredi 8 avril 2005

A quoi sert encore la forme livre d'un dictionnaire?

Guinguaydictionnaireinformatique C'est la question que je me suis posée en recevant ce beau Dictionnaire Anglais/Français informatique, édité par Dunod.
14ème édition, plus de 40 000 exemplaires déjà vendus, c'est ce qu'on appelle un ouvrage de référence. 19 000 entrées,4 000 abréviations, il est très complet, avec liste de sigles and so on...On peut l'éplucher avec plaisir pendant des heures.
Mais quand même, on se dit qu'en informatique, ça change tout le temps (l'auteur le dit lui-même, il parle d'une "évolution météorique de la terminologie) et qu'un dictionnaire en ligne sera forcément plus à jour. Alors, pourquoi un éditeur réputé sérieux comme Dunod éprouve-t-il encore le besoin de rééditer ce dictionnaire?
Listons quelques arguments en faveur de ce type de livre:



- on l'emmène où on veut, y compris aux toilettes ou sur la plage (bon,pour un dico, c'est pas évident);
- il ne tombe pas en panne;
- c'est une source connue et fiable;
- ça se feuillette agréablement.
Des arguments valables en fait pour tout type de livre.
Mais
y a-t-il des arguments spécifiques à la forme livre d'un dictionnaire?
Surtout que celui-là est vendu plus de 33 euros: qui va vouloir payer
ce prix-là?
Il y a évidemment un très gros travail de l'auteur qui a
validé chaque entrée, qui prend des positions qu'il explique, qui donne
des exemples, qui établit des liens entre termes (mais des liens en
gras sur du papier, même avec un index, c'est quand même moins rapide
que des liens en hypertexte sur le web!).
Un travail de fourmi et de professionnel du dictionnaire donc.
Mais
des professionnels, il y en a aussi sur le web et qui font aussi un travail à valeur ajoutée. Et quand ces professionnels se mettent en
réseau, en travail collaboratif, la concurrence devient vraiment rude
pour le livre. Ceci dit, sur le web, ce sont souvent des professionnels du contenu, plus rarement des professionnels de la traduction.
Il ne reste donc plus qu'à se faire chacun une opinion sur la qualité de ce
contenu, et la bagarre entre les partisans d'avis contraire sera bien difficile à arbitrer.