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mardi 5 juillet 2005

En réponse à Loïc: à quand la mort des blogs?

Pour ceux qui ne le connaissent pas – si, si, je te jure, y’en a encore ! – Loïc Le Meur est le plus grand vendeur-VRP-promoteur de blogs de tous les temps. Des comme lui, patron de Six Apart Europe (éditeur des logiciels et plateformes de blogs Typepad et Movable Type), y’en a pas deux : le jour, il en vend, il en parle, il en fait; la nuit il en rêve.
Dès qu’un techno-bidule nouveau  - mobile, microphone, appareil photo, langage des signes, froncement de sourcil, etc. – permet de bloguer, le premier à l’expérimenter et à en parler, vous pouvez en être sûr, c’est lui.
Le blog ne fait pas encore le café ni ne coupe les cheveux mais si vous lisez bien du Loïc Le Meur entre les lignes, ça va venir, forcément. Et le jour où le blog fera du café, ce sera la fin des cafetières, c’est moi qui vous le dit. Non c’est lui. Enfin, c’est tout comme, vous allez voir.
Car ce talent commercial, relationnel et polyglotte, assez rare en France, il faut bien le dire, lui permet d’être instantanément partout sur la planète où l’on cause blogs et ceci, blogs et cela. A force de baigner dedans, il ne dit donc pas que des choses idiotes sur le sujet.
Malheureusement, comme tout blogueur impénitent, il lui prend régulièrement l’envie de sortir de son tout petit pré carré et de délivrer quelque message grandiose à la planète (ou bien d'apprendre aux Africains à créer des entreprises, si, si,  c'est vrai, il veut le faire).
Le dernier message en date concerne l’avenir de la presse papier qui, pourrait-on dire pour résumer sa pensée, est un peu à l’information ce que la cafetière de tout à l’heure est au café. Nous y voilà...



Évidemment, la presse papier, ce n’est pas sa spécialité, au Loïc, on
peut même dire qu’il n’y connaît strictement rien, à part ses
incessantes discussions avec les journalistes, une race qu’il cible
particulièrement, on se demande pourquoi. Mais ça ne l’empêche pas
d’avoir son avis.
C’est ça qui est formidable quand on est blogueur, on
peut tout dire sur tout
. C’est même sur ce message simplissime que le
vendeur a fait son beurre. Faut dire que des millions de gens l’ont
cru, lui et ses compères, alors forcément, on se croit investi. Et même
s’il y a plus de gens sur la planète qui utilisent des capotes que des
blogs tous les jours, ça ne durera pas, c’est sûr.

Donc la presse papier est morte, dixit Loïc. Il ne sait pas dans
combien de temps ni comment exactement mais c'est pas grave, c’est comme ça. 
Et
pourquoi la chronique de cette mort annoncée ?
Parce que, tenez-vous
bien, le message essentiel est là : « la discussion sur l’info est plus
importante que l’info » et « cela, la presse ne l’a pas intégré ». CQFD.

Au passage, c’est à un magazine papier suisse, L’Hebdo, qu’il a confié ses pensées et qui l’a ensuite diffusé sur le web…

Loïc cite un certain nombre d’arguments
à l’appui de sa thèse : ainsi, sur une
seule de ses notes (*), DSK a reçu 627 (et non 650 comme le dit Loïc) commentaires
essayé de les lire, c’est entassé, mal présenté, c’est verbeux,
partisan, le plus souvent amical (ils sont filtrés ou quoi les commentaires
chez DSK ?). Je voudrais bien savoir qui s’est tapé de lire ce pensum
in extenso. Un retraité neurasténique peut-être ?

Derrière le discours apparent de Loïc
, on voit donc transparaître quelques connotations démagogiques qu’on peut résumer ainsi:

- l’important, ce n’est pas ce qu’on dit, c’est de dire  (admirez le sophisme lacanien …)

- plus il y a de gens qui s’expriment sur un media (en l’occurrence un blog), plus ce media est valable ;

- on ne peut pas mentir sur un blog parce qu’on est immédiatement
corrigé, donc ce qu’on dit au départ n’a aucune importance, donc on
peut dire ce qu’on veut…

- on ne sait pas qui écrit mais c’est pas grave…

Autant d’arguments qui devraient facilement convaincre les indécis de
la nécessité de laisser tomber les blogs immédiatement et de se
retourner vers un journal papier:
- ils iront droit à l’info qui les
intéresse,
- ils pourront le lire quand et où ils veulent,
- ils savent à
qui ils ont affaire,
- et ils ne perdront pas leur temps.
Merci Loïc !

Alors, à quand la mort des blogs ?
Quand les poules auront des dents,
dis-tu ? Elles en auront, tu verras, elles en auront…Suffit de créer un
blog pour la promotion dentaire chez les poules, c’est pas compliqué…

Tiens j’ai une idée pour changer le slogan du blog de Loïc, qui est «
les médias traditionnels diffusent des messages...» - je vous avais prévenu qu'il n'y connaissait rien, il confond la presse et la pub - «
les blogs démarrent
des discussions », je propose :
« Bloguer, on ne sait pas à quoi çà
sert, mais on le fait quand même »

ou encore
« Sur un blog, on ne sait
pas de quoi on parle, mais on en parle »
.
En plus, je suis sûr qu’il
serait d’accord, n’est-ce pas Loïc?


(*) la fameuse note de DSK citée en exemple par Loïc, et qui a déclenché un raz-de-marée de commentaires, symbolisant la force de l'info sur les blogs, la voici: elle pèse effectivement très lourd dans l'univers informationnel, vous allez vous rendre compte de ce que vous avez loupé si vous ne l'avez pas lue:
"Bonjour à toutes et à tous,
Je serai tout à l'heure l'invité d'Elise Lucet dans le 19/20, sur France 3.
J'y livrerai mon analyse du résultat de ce scrutin et tracerai les
perspectives pour sortir de cette triple crise de l'Europe, de la France et de
la gauche.
Merci pour vos réactions et vos analyses à froid d'un sujet dont vous avez
déjà beaucoup parlé sur le blog ;-)
dsk"


vendredi 27 mai 2005

Cher Cyril

Je réponds ici à ta note sur ma note sur le journalisme participatif.
Tu dis :
« Etre un "blogueur" signifie une chose unique (et simple) : avoir envie de s'exprimer publiquement et le plus librement possible sur les sujets de son choix. »
On est bien d’accord.
Mais, apparemment pour toi, la règle est valable sauf si le sujet en question concerne de près ou de loin une critique sur les blogs et sur les blogueurs, comme il m’arrive d’en émettre de temps en temps.
Ce qui me vaut immédiatement une volée de bois vert de la part de quelques donneurs de leçons invétérés, comme ceux qui commentent ton blog.
Le commentaire le plus constructif est d’ailleurs celui de Carlo Revelli, auteur d’un de ces sites de journalisme participatif que je critique et qui, lui, a l’air de comprendre ce que je veux dire, admet la critique et essaie d’en tirer profit.
Tu cites l’article 7 de ma proposition de charte pour un journalisme participatif :
« L’auteur ne peut pas être juge et partie : par exemple, on ne peut pas être à la fois l’auteur d’un article et le sujet d’un autre (à l’instar de ces critiques de livres qui sont aussi écrivains et qui se renvoient la balle d’un magazine à l’autre). »
Et tu prétends que moi-même je ne le respecte pas parce que le site 01net , qui fait partie du Groupe Tests dont je suis directeur-général adjoint, parle de mon blog perso :
- d’une part, tu interprètes mal : ma proposition concerne bien un site unique sur lequel je propose qu’on évite d’être à la fois juge et partie ; là il s’agit de deux sites distincts et indépendants l’un de l’autre,  je ne collabore pas à la rédaction de 01net et la rédaction de 01net ne collabore pas à mon blog, donc il ne peut y avoir confusion ; par ailleurs, si on commence à dire que tout lien ou citation d’un site vers un autre n’est pas une bonne chose, mon cher Cyril, il faut immédiatement fermer internet !
- d’autre part tu mets en cause l’indépendance éditoriale de la rédaction de 01net (eh oui, c’est un site avec des journalistes, incroyable, non ?) à qui je me suis permis de transmettre l’adresse de ton blog (je n’étais pas certain qu’elle la connaissait) et qui, je l’espère, te répondra. Je connais cette rédaction, je sais comment elle travaille –eh oui, elle a des règles, incroyable, non ? -  et je n’ai donc même pas besoin de la défendre. Si elle le juge nécessaire, elle le fera très bien elle-même.



Amicalement.



dimanche 22 mai 2005

Les tentations maccarthystes de la blogosphère

MccarthyRégulièrement, dans ce petit monde confit, confidentiel et confiné des blogs, connus rappelons-le par quelques pouièmes de la population mondiale, on pointe du doigt un gros vilain.
Dernièrement c’était Vichy qui a essayé de nous faire croire au blog de Claire, très préoccupée par ses boutons. C’est vrai que c’est embêtant les boutons.
Mais les vigiles veillaient. Le pot au rose fut découvert, la blogosphère put s’enorgueillir de sa sagacité. Elle distribua pompeusement ses leçons de savoir-vivre et ses mauvaises notes: et c’est ainsi que les marketeux de Vichy devinrent du jour au lendemain des gros nuls, c’est bien connu et les pubeux de Euro-RSCG des ignares, tout le monde le sait. 
Ouf, les choses sont rentrées dans l’ordre !
Pendant ce temps les faux vrais blogs peuvent continuer de pulluler, ceux où on passe allégrement de sa petite pub-promo bien cool à son dernier émoi de citoyen, sans que personne s’en émeuve.
Le problème avec la blogosphère c’est que vous n’avez pas le droit de faire un gros pet de travers, un pet qui s’entend, bien franc, bien direct : tout le monde le respire et le conspue. Mais tous ces petits vents pervers, sans odeurs, qui glissent comme des anguilles dans l’odorat de chacun et grimpent jusqu’au cerveau pour le ramollir, ceux-là peuvent continuer de s’insinuer.
Il n’y aucune règle dans la blogosphère, aucune charte. Chacun fait ce qu’il veut. Et pourtant il y a des censeurs qui jettent l’opprobre, des juges qui disent le bien et le mal, le droit et le tordu. Et ils le font au nom des autres, au nom d’une morale non écrite, de règles invisibles.
Ou plutôt si, les censeurs ont un juge de paix, une icone, un veau d'or : l’audience, le ranking, le visiteur unique, le clic, le hit, le lien croisé. Bref : « Plus ton blog est haut, plus t’es bon. » Telle est la seule loi. Ce n’est pas une idée très neuve. Et elle n’est pas fiable : personne ne sait ce qui se passe réellement dans toutes ces machines à classer. Elles changent leurs algorythmes tout le temps et, en plus, elles les cachent. Et si qualité rimait avec quantité, depuis le temps, ça se saurait.
Lorsqu’on aura démontré, et cela se fera  bien un jour ou l’autre, que tous ces palmarès et autres rankings de Google et consorts, ne sont que le résultat d’un hasard systémique incontrôlable et exponentiel, la blogosphère sera confrontée à son côté obscur et elle implosera d’elle-même : non seulement, le Net est un monde sans foi ni loi, mais en plus il n’est que l’empire du hasard.



mercredi 18 mai 2005

Les journalistes et le public face aux blogs: le grand écart

NellielmclungAlerté par Jean-Pierre Cloutier, je plonge dans la dernière étude de l'Université du Connecticut (enquête auprès de 1000 Américains lambda d'un côté et de 300 journalistes de l'autre).
Quelques résultats intéressants:
- 7% seulement du public déclare utiliser des blogs contre 85% des journalistes;
- 59% des journalistes ne considérent pas les blogs comme une source de news (32% si);
- 75% des journalistes pensent que les blogueurs ne sont pas des journalites car ils n'adhèrent pas aux mêmes valeurs éthiques;
- mais 85% pensent que les blogueurs doivent être protégés de la même façon que les journalistes par le 1er amendement;
- et 86% des journalistes pensent que les blogs ont changé la profession de journalisme.
Sinon, ça va toujours aussi mal pour notre image de marque:
- 39% seulement des Américains pensent que les journalitses font du bon boulot (contre 75% des journalistes!);
- 61% des Américains trouvent qu'il y a un "biais" dans la façon de couvrir les news par les médias...
A part ces mauvaises nouvelles, la tendance se confirme:  la blogosphère est un phénomène qui intéresse beaucoup plus les médias que le grand public... Vanité des vanités...



Source image: Nellie L. McClung (1873-1951), romancière, journaliste, suffragette et militante au sein du mouvement de tempérance.


mardi 10 mai 2005

EPIC 2014: la presse a cessé d'exister

MuseummediahistoryLe fameux film futuriste EPIC 2014- et pessimiste sur l'avenir de la presse - est ICI (Flash, 8 Mo).
Sous l'appellation (bidon?) du Museum Of Media History...



Auteurs: Robin Sloan and Matt Thompson, with music
by Aaron McLeran.
Trouvé sur CE SITE.
Nous, les journalistes, on se marre pas....



vendredi 6 mai 2005

La diffusion des quotidiens américains continue de baisser

Les résultats de l'ABC, Audit Bureau of Circulation (repris notamment par Le Figaro) viennent de tomber: sur les six derniers mois, la diffusion moyenne payante des quotidiens américains a reculé de 1,9%. Elle recule, elle recule, comme elle le fait inexorablement chaque année, depuis plusieurs années.
AbcRésultats:
- n°1: USA Today :  2,28 millions d'exemplaires vendus, + 0,05% de mieux au cours de la période; (imaginez le travail acharné des comptables pour sortir ce +0,05%!...)
- n°2: The Wall Street Journal:  2,07 millions, - 0,8%;
- n°3: The New York Times: 1,03 millions, - 0,24%;
Et ensuite: Los Angeles Times, Chicago Tribune et San Francisco Chronicle: - 6%.
Dixit Le Figaro: En 1964, quatre Américains sur cinq lisaient un journal: aujourd'hui, seulement un Américain sur deux. Le pic de diffusion de la presse quotidienne aux Etats-Unis a été atteint en 1984. Depuis, la chute a été de près de 13%.
Par ailleurs: 44% des Américains de 18 à 34 ans s'informent quotidiennement sur un portail Internet, contre seulement 19% avec un journal papier.
Et voila...Chaque année, les quotidiens perdent quelques milliers de lecteurs; comme les volumes de pertes ne sont pas énormes, en proportion de leur diffusion, et que leur réalité est souvent cachée par des artifices comptables, personne ne s'inquiète outre mesure.
Je me souviens, à l'école, de ma stupéfaction devant la puissance implacable des calculs de pourcentage composés:  un truc qui diminue de 7% par an, on se dit que ce n'est pas énorme, n'est-ce pas? Et pourtant... En combien de temps perd-il toute sa valeur? Un peu plus de 10 ans seulement!
Il va falloir tirer les conséquences de cette baisse de diffusion: le premier à l'avoir compris, c'est... L'ABC itself! Il audite maintenant non seulement la diffusion des journaux papier mais aussi l'audience des sites web. Bien joué!



lundi 2 mai 2005

La blogosphère française gaga devant Wired et Chuck Olsen

C'est terrible de constater à travers les ans les mêmes travers chez les branchés et autres technoïdes de tout poil: dès que c'est américain, que ça secoue un peu et que c'est dans le vent, c'est forcément le must. Les bras me tombent devant tant de naïveté. Jugez sur pièces.
1/ Wired, qui fut à une époque le plus beau magazine du monde, publie un article de Robert Andrews sur la blogosphère française et tout le monde applaudit, crie au génie, se flatte et se congratule.
Moi qui fut parmi les premiers lecteurs français de Wired (en quelle année mon Dieu, je n'ose le dire!), je me précipite, les papilles ouvertes de délectation préventive, prêt à être encore une fois étonné, alléché par le style qui fut inimitable de ce magazine...
Et je tombe sur quoi: un petit reportage ringard de 4e zone. Même Le Pays d'Auge que j'ai feuilleté ce week-end fait 100 fois mieux. C'est nul, plat, ça ressort les 3 ou 4 "vedettes" habituelles (tant mieux pour elles), quelques sujets rebattus (les lycéens exclus), trois petits tours et puis s'en vont. Les fondateurs de Wired, qui ont tout découvert avant tout le monde, doivent se retourner dans leur retraite, d'une telle médiocrité.
Et moi, qui suis -  pour combien de temps encore? je m'interroge de plus en plus- journaliste, j'ai honte d'un tel travail.
2/ Le blogueur Chuck Olsen publie un petit vidéo-montage réalisé lors d'un concert du groupe "The Soundtrack of Our Lives" et il l'agrémente d'anecdotes personnelles  - la sécurité essaie de lui piquer sa caméra - dont il tire un discours grandiloquent new age.
Autant le montage vidéo est bien foutu (le groupe, moi c'est bof, mais chacun ses goûts), autant ce discours est ridicule, on dirait une grogne d'écolier du primaire à qui on veut enlever son jouet. Le pire c'est qu'on veut faire de cette vidéo un document culte du blog et de l'esprit libertaire du partage et de la gratuité.
Comme j'entends déjà les réactions, je me suis tapé de retranscrire mot à mot ce discours, sans le traduire, tellement son américanisme est symptomatique  - je pense que l'esprit de partage de Chuck ne s'offusquera pas de sa publication - et je vous laisse juge.
Avec Robert Andrews, je ne me sens plus journaliste; avec Chuck Olsen , je ne suis plus blogueur. Et mon futur n'a rien à voir avec le leur.
Le texte de la vidéo:



The Soundtrack Of Our Lives.
One of my favorite bands.
THIS FOOTAGE IS ILLEGAL.
I got busted : “Do you have a pass for that camera?”
“No. It’s just for personal use”.
“Come with me”.
The guy was a total asshole.
He tired to take my camera.
I wouldn’t let him.
He got really pissed.
“You can’t just fuckin take what you want and walk outta here!”.
He tried to detain me in a little corner by the bar.
I asked if he was putting me in Fine Line jail?
(The concert was at the Fine Line Music Café.)
WELCOME TO THE FUTURE (titre de la chanson)
Where phone cameras have replaced lighters.
Many camera phones take better video than my still camera.
The genie is out of the bottle.
Even the band’s web site has fan-recorded content.
That what fan’s do!
You may have noticed I’m not charging you for this crappy video.
That’s would be stupid. There is no economic motive.
The point is to capture and share fantastic fleeting moments.
Isn’t this a kickass tune?
You should buy their new CD: “Origin Vol. 1”.
I bought 3 of their CD’s at the show.
And paid $18 for each ticket.
And bought the Fine Line’s overpriced shitty drinks.
If anyone’s losing money here, it ain’t the club or the band.
We can’t go backwards.
Why fight technology?
Why fight human nature?
This is my memory of a great rock show.
Thanks for letting me share it with you.


jeudi 7 avril 2005

Comment nous lisons

Lecture_1Pour ceux que ça intéresse, voici un petit résumé de mon cours de Dauphine « Maîtriser son information » sur la partie lecture.
Savoir comment on lit permet ensuite de mieux comprendre comment il faut écrire pour être lu et compris. Je reviendrai plus tard sur cette partie écriture.
La plupart des informations que je traite ici viennent des enseignements des écoles de journalisme, notamment le CFPJ à Paris et l’ESJ à Lille.
Le lecteur parcourt un journal selon différents niveaux de lecture. Il consacre en moyenne 15 à 20 minutes à la lecture d’un quotidien. Sachant qu’il peut lire 12 000 mots à l’heure, il va donc en lire effectivement 3 000 à 4 000 mots, soit  moins de 10% de la surface du quotidien.
Appliquez cette règle au contenu des blogs et vous désespérez immédiatement tous les auteurs ! Alors, restons positifs et concrets !
Le texte complet (10 pages en PDF)
Si vous êtes pressé: le résumé et les chiffres-clés, c'est par ici , lire la suite



- vitesse moyenne de lecture (d’un quotidien) : 12 000 mots à l’heure ; en 15 à 20 minutes, on lit 10% d’un quotidien.
- nombre de mots saisis en un coup d’œil : 7 à 10 mots
- temps de fixation : ¼ seconde
- temps de déplacement d’un groupe de mots à un autre : 1/40e de seconde
- capacité de mémorisation immédiate: 7 items (caractères, chiffres), plus ou moins 2
- principe de pertinence :
* plus l’effet cognitif produit sur le lecteur par une information est grand, plus elle est pertinente pour lui ;
* plus l’information lui demande un effort de traitement, moins elle est pertinente.
* la pertinence d’une information dépend de son contexte et ce contexte est fabriqué par le lecteur.
- principe de lecture des « deductive satisfacers » : dès qu’on arrive à une conclusion (compréhension du texte) qui coïncide avec nos croyances, on arrête de chercher des modèles alternatifs parce qu’ils risqueraient de réfuter notre conclusion.
- capacité de perception humaine : 45 bits par seconde (à comparer avec un taux de transfert de données d’un disque dur de 30 millions de bits par seconde)
- capacité de mémoire à court terme : 10 à 20 mots (ce qui permet de comprendre le sens d’un paragraphe)
- mémorisation d’un mot en fonction de son nombre de syllabes :
*1 syllabe = 100%
*2 syllabes = 60%
* 3 syllabes = 25%
* 4 syllabes = 15%
* 5 syllabes = 10%
=> loi de Baudot : les mots les plus utilisés (donc les mieux compris) sont les plus courts ; dans la langue française les 34 mots les plus utilisés ont une longueur moyenne de 2,8 lettres tandis que ceux aux environs de la 12 000e place ont une longueur moyenne de 8 caractères.
- vocabulaire moyen :
* fin d’études primaire = 700 mots
* niveau bac = 1 500 mots
* études supérieures = 3 500 mots
=> par rapport à ces quantités, nous reconnaissons 4 à 5 fois plus de mots mais avec un sens approximatif.
* Petit Robert = 50 000 mots
* Thésaurus de la langue française = 150 000 mots sans jargons, 250 000 mots avec jargons
- mémorisation d’une phrase en fonction de son nombre de mots :
* 12 mots : 100%
* 13 mots : 90%
* 17 mots : 70%
* 24 mots : 50%
* 40 mots : 30%
- vocabulaire auteurs célèbres :
* Charles de Gaulle 6 009 mots (ensemble de ses discours)
Jean Racine : 1 800 mots (ensemble de ses tragédies)
* Charles Trénet : 1 200 mots (ensemble des chansons)
* Georges Simenon : 800 mots (tous les Maigret)
- la loi mystérieuse de Zipf : dans un corpus de texte, le produit de la fréquence d’un mot par son rang dans le texte est constant : le 100e mot est utilisé  100 fois moins que le 1er, le 1 000e 1 000 fois etc.
Sources principales et auteurs cités dans le texte complet, par ordre d’apparition : Noam Chomsky, G.A Miller, Bertrand Labasse, Barbara Minto, A.D Baddeley, W. Kintsch, Dan Sperber et Deirdre Wison, Philip N. Johnson_Laird, M.F. Ehrlich, HH. Tardieu, M . Cavazza, Robert Escarpit, Loïc Hervouët, Jean Baudot



samedi 2 avril 2005

Pourquoi les blogueurs ont boudé les poissons d'avril

Une étude temps réel réalisée hier soir à minuit par BlogPupulseMimine, grâce à des capteurs bioniques branchés en wimax sur le cerveau de 10 millions de blogueurs, confirme ce que tout le monde pressentait: ils ont boudé les poissons d'avril, en vérifiant par RSS, pagerank et tutti quanti que personne ne s'y mettait et ils ont tous fait pareil comme un seul homme, c'est ce qu'on appelle la communauté.
L'enquête en dévoile les principales raisons exprimées tel que:
- "c'est nul les poissons d'avril, on les connaît tous, faut pas nous la faire à nous qu'on est les vrais branchés, pas comme ces ringards qui croient qu'un vieux truc comme ça ça peut encore marcher.."
- "les blogs c'est vachement sérieux, j'ai autre chose à faire qu'à me creuser le ciboulot pour trouver une blague à la con alors que pendant ce temps j'ai 350 commentaires à mon dernier post, auxquels il faut que je réponde un par un; notamment le dernier, un mec qui m'énerve et que je vais allumer; il est gonflé, le mec, il me dit: "mdr, lol, kifkif..." tu te rends compte? qu'est-ce que ça veut dire kifkif?..."
- la remarque la plus citée: "et d'abord pourquoi on fait les poissons d'avril un 1er avril? et pourquoi pas un 2 avril, voire merde quoi, pourquoi pas un 3 juin? c'est nul ces traditions à la con qui reposent sur rien; nous on crée quelque chose de nouveau, les gars, faudra vous y habituer, le temps sur internet c'est pas le même qu'IRL (*)..."
Un seul analyste critique, qui s'est vu immédiatement retirer son blog par son employeur cédant à la pression amicale de la blogosphère et de Loïc, a osé insinuer que le poisson d'avril sur les blogs c'est comme le non-anniversaire pour Alice au pays des merveilles: il y en a tous les jours de l'année, sauf un! Devinez lequel?
(*)



IRL = in the real life
je le mets ici en tout petit dans un coin caché, parce que si on vous surprend en train de lire cette définition, vous êtes mal, vous passez vraiment pour un ringard, cémoakivouldi...


mercredi 30 mars 2005

Peut-on tout dire sur les blogs?

Enjeuxechoscovertransparence2Avez-vous vu la dernière Une de Enjeux Les Echos?...



Bon d'accord, c'est un poisson d'avril avant l'heure... La vraie Une était moins drôle...
Enjeuxechoscovertransparence_1


mardi 29 mars 2005

La vérité n’est pas sur internet

(extrait de la chronique "La mauvaise humeur de Lucien", à paraître dans un prochain magazine papier)
« Attention, danger ! Nous, les accrocs du web, nous sommes en train de nous transformer en cyberzombies, hyper-documentalistes, le cul vissé sur notre siège, l’œil rivé sur l’écran, une main crispée sur le clavier, l’autre voûtée sur la souris. Certes, dans tous ces travaux virtuels qui nous bourrent le mou, on creuse, on pioche, on fouille, on dissèque, on échange.



Dilbertinnocation
Mais le problème c’est que dans un monde aussi changeant, la vérité est toujours en retard d’un métro sur le web.



IRL comme on dit (in the real
life bien sûr), la vérité vraie va trop vite, elle est dans la tête des
gens qu’on rencontre, épaule contre épaule, au bistrot : ils ne savent
même pas ce qu’ils vont dire quand ils ouvrent la bouche. Prenez le
raffairindum, oui, non, non, oui, c’est vous dire. Le temps qu’on
couche sur le net les débats enfiévrés des citoyens, ils ont déjà
changé d’avis. A peine tu chattes leste, déjà t’es obsolète.
Net-addicts,
soignez-vous ! Plus vous vous accrochez à l’écran, plus vous quittez la
vraie vie et plus vous recréez une autre réalité, virtuelle évidemment.
Le dialogue et l’échange par écran interposé, c’est bien, c’est
excitant, on a le neurone allumé en permanence, je poste, je commente,
j’engueule, je sermonne, je reposte, je recommente, etc. Mais, dans la
blogosphère, on tourne en rond comme un chien fou dans un jardin clos
tandis que les vrais passants défilent, dehors. L’internaute aboie, la
caravane du monde passe.
Alors, je dis stop ! S’il faut un prophète
de l’après-blog, du post-web, je serai celui-là ! Il faut quitter
l’écran, repartir sur le terrain, aller à la rencontre des gens, les
interviewer, les écouter en hochant la tête, les psychanalyser
longuement. Et ensuite seulement revenir à l’écran et faire partager
aux autres sa découverte. Il faut sortir du ghetto binaire, abattre les
remparts des places-fortes virtuelles, combattre cette drogue du net
pire que le crack des cités.
Internautes, citoyens, mes amis, mes
frères, libérez-vous de vos cyber-chaînes, par pitié, débranchez-vous
le bas cervelet agité de secousses binaires, faites des mouvements avec
vos doigts crochus arthrosés par le clavier, pliez, dépliez doucement
chaque doigt l’un après l’autre, on ne regarde plus l’écran, non vous
là-bas ! j’ai dit on ne regarde plus l’écran, on ferme les yeux, on
respire profondément et on laisse peu à peu le doux bruit du
périphérique revenir vous bercer les oreilles sur fond de raclement de
gorge du voisin, tiens il existe encore celui-là !  Quel bonheur,
n’est-ce pas, d’être enfin libre et dé-cybérisé ! L’IRL oui, l’URL non
! Çà, c’est du référendum !
Imaginez : vous avez éteint la télé, la
radio, la chaîne hifi, le lecteur DVD, l’ADSl, le modem, le routeur, la
borne wi-fi, l’ordinateur, l’écran plat, le PDA, le téléphone mobile,
le scanner, l’imprimante, l’appareil photo numérique, le disque dur 300
giga, vos dix chargeurs… Le silence et l’obscurité…L’angoisse soudain
vous étreint : quoi, je ne serai plus que ce légume-là ? Cet être de
chair et d’os statufié, presque endormi, devant l’écran noir ? Eh oui,
c’est bien ce que vous êtes sans vos habits électroniques, l’homo
sapiens, ça pense, çà ne ponce plus, ça pionce, ça ne fonce plus. Homo
erectus libéré de toute contrainte du temps réel - ce temps
diaboliquement virtuel -, il ne s’emmêle plus dans ses mails, le tchat
clos il caresse rêveusement son chat, l’esprit light et le cœur zen… Et
vous savez ce qu’il vous reste à faire ? Vous n’avez plus qu’à penser ! »
« On ne dit jamais "je serai peintre" devant un beau site, mais devant un beau tableau. » Pierre-Auguste Renoir


vendredi 25 mars 2005

Pourquoi j’ose donner des « leçons » aux blogueurs

Extrait du commentaire récent de ALC sur ma note déjà ancienne
« … A vouloir donner des leçons et à croire que l'on possède un avis plus important que celui des autres -de par son statut officiel et professionnel- on se referme sûrement plus facilement sur soi lorsque l'on est confronté à une opinion critique ?.. »



Ma réponse
Le débat s'est calmé, mais le fond du problème reste. Je vais donc essayer de formaliser mon point de vue.
En fait, quand j'y réfléchis, je ne vois pas pourquoi je ne tenterai pas de donner des « leçons » au sens universitaire, ou alors c'est admettre implicitement que l'expérience et le savoir-faire accumulés ne servent à rien.
Donc, oui, je suis partisan de donner des « leçons » aux blogueurs, de leur apprendre à lire et à écrire, à respecter les mots et les gens. Après 25 ans de pratique, je continue à avoir foi dans le journalisme, malgré ses dérives, malgré toutes les erreurs que l'on trouve. J'ai aussi la pratique de 25 ans de « hype » de la part des fournisseurs high tech – ils sont la plus grande puissance de communication au monde - et là aussi si je peux transmettre quelques conseils, je n'hésiterai pas à le faire. La règle est simple : ne croyez pas un mot de ce que vous racontent les fournisseurs, jamais, surtout quand ils parlent de vous. Si on peut faire des critiques sur la pratique du journalisme, alors que dire du discours des fournisseurs ! Quand on voit un soi-disant magazine d’information sur les blogs financé par une agence de communication, quel que soit le talent épistolaire logorrhéique de son patron, on ne peut qu’être inquiet.
En résumé, voici ce que je pense :



- l’usage du blog (et non pas le blog lui-même) est un outil innovant,
il est en train de changer le rapport à l’information, il remet en
question la pratique traditionnelle du journalisme ; les journalistes
doivent l’admettre ;

- la notion même d’information est en train d’évoluer, elle
n’appartient plus à une seule catégorie d’auteurs, elle se forge de
manière participative, itérative ; l’information devient circulaire,
nous sommes tous émetteurs et récepteurs ; là aussi, les journalistes
doivent l’admettre ;

- par contre, si le circuit a changé, les bases d’une information
fiable, vérifiée, elles, ne changent pas : remonter à la source,
recouper les sources, enquêter, confronter ; ce n’est pas un
savoir-faire inné et cela prend du temps ;

- il n’est pas prouvé pour l’instant que le système circulaire et
itératif de la construction d’une information par les blogs soit plus
efficace que le système traditionnel : simplement, il est très rapide
(pour un résultat non mesuré) et il satisfait davantage de gens,
puisque davantage de gens y participent ; c’est cette corde démagogique
que tirent à fond tous les promoteurs du blogs.

- écrire – si on parle ici de cette forme de communication - n’est pas
naturel, c’est une technique, c’est comme apprendre une langue
étrangère ou le solfège ; il faut du temps et de la pratique pour
parvenir à une forme d’écriture efficace, qui ait un impact sur son
destinataire; « Je vous écris une longue lettre, car je n’ai pas le
temps de vous en écrire une courte » écrivait Voltaire à une de ses
correspondantes.

- tous les blogueurs sont égaux dans leur envie et leur légitimité à
communiquer ; ils ne sont pas égaux dans leur contenu publié, ni dans
leur pratique ; il ne faut pas confondre la liberté d’expression et la
qualité de l’information ; l’efficacité-utilité-qualité d’une
information, c’est : « en quoi cette information change-t-elle mon
rapport au monde ? »

- la croissance exponentielle des pages de blog contient sa propre
limite : même si les techniques (RSS et autres) nous aident à faire le
tri, il devient de plus en plus difficile de construire un ratio
temps/efficacité compétitif ; le temps reste une ressource limitée et
rare et l’efficacité  n’est pas prouvée ; on perd énormément de temps à
fouiner dans la blogosphère, sans savoir où on met les pieds, on perd
énormément de temps sur les forums, les newsgroups, sur la lecture des
commentaires successifs et chronologiques…

- il faudrait construire un nouveau système de validation de
« l’autorité cognitive »
, selon l’expression d’un chercheur, des blogs
et des pages web, qui soit autre chose que l’audience ou le nombre de
liens croisés entre sites ou la cooptation de proche en proche (qui est
un bon système mais trop limité); je connais par exemple des tas de
gens qui s’amusent, pour le fun, à créer des générateurs automatiques
de blogs bidons avec des liens croisés ; j’en connais d’autres qui ne
le fond pas pour le fun mais pour le business ou l’escroquerie…Il ne
s’agit pas de créer une « police des blogs », il s’agit d’aider les
internautes, les citoyens à en tirer un meilleur usage et à ne pas se
faire manipuler.

- il n’y a aucun modèle économique généralisé fiable de l’information
gratuite sur le web: ne nous laissons pas abuser par les quelques
exemples qu’on monte en épingle ; un jour ou l’autre, la question de
l’argent se posera et deviendra primordiale ; par ailleurs, le business
modèle du web est un modèle en régression par rapport aux modèles
classiques : la pub, la pub, la pub, rien d’autre.

- les nouvelles expériences, essentiellement américaines, de
journalisme participatif sur le web sont très intéressantes ; elles ont
deux défauts majeurs :

* elles n’ont pas encore trouvé comment remplacer la cooptation
physique, en face en face (telle qu’elle se pratique dans une équipe de
rédaction localisée) par un système virtuel en réseau ; n’importe qui
peut s’inscrire et participer, c’est bien mais comment se connaît-on,
comment se fait-on confiance ? Ce qu’on lit de quelqu’un, même à
répétition, n’est pas un critère suffisant pour déterminer son
intégrité dans son rapport à l’information. Les risques de dérives et
de manipulation sont importants.

* elles n’ont pas trouvé de modèle économique : si on prend des
bénévoles, comment s’assurer de la qualité de leur travail ; si on
prend des professionnels, comment les rémunérer ?

(suite au prochain numéro…)


lundi 21 mars 2005

L’information : chronique d’une mort annoncée

LamortdelinformationOn sait hélas que la théorie de l’information n’a pas fait beaucoup de progrès depuis son élaboration par Claude Shannon en 1949. Rappelons que c’est cette théorie qui a créé le bit, le binary digit et qui a donné naissance à l’informatique et aux télécoms (lire sur le sujet ma note précédente et ses commentaires).
C’est donc vers elle que l’on revient chaque fois que l’on se pose la question fatale, foetale : "finalement, c’est quoi l’information ?"
Pourtant, tout le monde est d’accord : on vit dans une « société de l’information ». Après l’ère de la vache (l’agriculture), l’ère de la cheminée (l’industrie) et l’ère du sourire (les services), nous voici dans « l’ère de l’information ». La preuve par l’absurde: nous sommes déjà sur-informés, saturés d’information : c’est le fameux COS (Cognitive Overflow Syndrom). Notre cerveau ne peut tout retenir !
Mais si vous posez la question, personne ne sait vraiment ce qu’est l’information, ce qui la distingue du fait, de l’événement, de la donnée, de la connaissance mais aussi de la rumeur, de la communication, du message…
Pour envenimer le débat, je vais donc m’atteler à développer une nouvelle théorie de la catastrophe sur l’information que je résume ci-dessous :
1/ L’information est une création.



Elle est unique, spécifique, donc rare et chère. Même si elle n'est pas physique, elle a un poids, elle a un prix.
C’est une ressource
produite par l’homme : elle n’existe pas à l’état de nature : «
révéler, étonner, raconter » était la devise des fondateurs du journal
Le Parisien. Elle est aussi synthèse et non pas simple juxtaposition,
empilement de points de vue. Chacun d’entre nous peut créer une
information, à condition qu’il respecte les règles de fabrication, à la
portée de tous et pas seulement des journalistes. Encore faut-il les
connaître et les appliquer. (On doit pouvoir faire un séminaire de
trois jours là-dessus : tiens un nouveau business !)
2/ L’information est vitale pour l’homme.
Sans
information, il perd son individualité et sa liberté. Il devient
décérébré. Elle lui est indispensable pour comprendre le monde dans
lequel il vit, c’est un input et un output de la connaissance :
- elle nous apprend quelque chose : l’information c’est la surprise ;
-
elle change notre vision des choses et donc nous permet de recréer
nous-même les conditions de la modification de notre environnement ;
vivre c’est s’adapter.
Ce sont les deux enseignements de base de la théorie de Shannon et des grandes théories de la communication.
L’information
est donc indispensable pour vivre libre et indépendant : la vraie
liberté n’est pas la liberté d’expression mais la liberté
d’information. Non pas au sens traditionnel, liberté de la presse, mais
au sens moderne : chacun peut et doit recevoir et créer son information.
=>
Et ma conclusion sera
: si plus personne ne veut la payer et, surtout,
si plus personne n’y croit, plus personne ne pourra ou ne voudra la
créer.
Elle va donc mourir et sera remplacée par un magma formé de
deux substances : d’une part l’opinion, individuelle et collective – ce
que les sociologues appellent « l’inter-subjectivité - et d’autre part
la communication des groupes d’intérêt, qui ont de l’argent, un
savoir-faire de communication et des messages à faire passer.
L’homme
sera d’autant plus réceptif, de manière implicite, à ces messages,
qu’il aura par ailleurs l’illusion de la liberté, grâce à ses
possibilités illimitées d’expression. Il ne sera plus réflexif ni
créateur, il sera communiquant et consommateur.
C’est la victoire
d’une alliance improbable, celle de la cybernétique -  prédite par
Norbert Wiener pour qui tous les objets du monde, qu’ils soient
humains, naturels ou artificiels se classent sur la même échelle de
valeur, uniquement en fonction de leur capacité à communiquer – et du
commerce.
Plus l’homme s’exprime, plus il se croit libre, telle est la terrible illusion de l’ère post-informationnelle.
Place
aux nouveaux gourous, polyglottes et technoïdes, qui donnent aux hommes
ces moyens d’expression et l’illusion de leur liberté.


dimanche 20 mars 2005

Les blogs sur la "Hype Cycle" du Gartner

Gartnerhypecycleblogs_1Cette  « courbe de l’esbrouffe » ou encore du « battage médiatique » décrit l’évolution de tout nouvel usage, outil ou technologie.Elle est un modèle depuis 15 ans pour toute l'industrie high tech.
Il y a 5 grandes étapes:



  • "Technology Trigger" : Ca commence toujours par un déclencheur technologique, un coup de fouet, on appuie sur la gâchette du revolver ; bref une bonne conférence de presse bien reprise dans les médias et une campagne de pub ou de marketing viral et hop c’est parti !


  • "Peak on Inflated Expectations" : ça monte très vite au «
    Sommet des attentes exagérées » ; on en a promis tellement de choses
    tout de suite que ça se transforme vite en usine à gaz. Il y a un
    enthousiasme disproportionné et des espoirs irréalistes. Quelques
    applications fonctionnent au milieu de beaucoup d’échecs. Des gourous
    technologiques entretiennent l’illusion. A ce stade les seuls qui font
    de l’argent sont les organisateurs de conférences.

  • "Trough of Disillusionment" : quand les premiers tests
    arrivent, les premières déceptions aussi, alors l’enthousiasme descend
    presque aussi vite la pente et l’on s’enfonce dans le « Creux de la
    désillusion ». Du coup, la presse abandonne le sujet (et passe au
    suivant!).

  • "Slope of Enlightenment": on corrige les premiers bugs, on fait
    les béta-tests, bref le marché se met enfin vraiment au boulot ; alors
    on commence à remonter la « Pente de l’éclaircissement ». Des outils
    apparaissent.

  • "Plateau of Productivity" : enfin, des mois après son
    annonce fracassante, le produit est à peu près mûr c’est-à-dire stable,
    fiable, fonctionnel etc ; il va commencer à être rentable et nous voici
    enfin sur le « Plateau de la productivité ». Mais on est déjà à la
    deuxième ou troisième génération du produit…

     

A vous maintenant de placer les blogs sur cette courbe...


samedi 19 mars 2005

On a causé blogs à Boulogne...et puis après?

La salle était clairsemée, les points de vue convenus, certains orateurs des bavards impénitents et toujours les mêmes autres qui vendaient leur sauce, ça devient lassant. Le seul truc sympa, dix blogueurs rivés sur leur écran qui vous matraquent en temps réel, croqueurs d'instants, de bons mots, certains très doués, d'autres vulgaires. C'était la journée sur le blogs, hier Samedi à Boulogne-Billancourt. Le soir je dîne avec des amis réels de la vie réelle, des gens intelligents et pas trop vieux, si-si, je vous jure: un sur deux ne savait même pas ce qu'est un "blog". Et ils avaient l'air de vivre très bien dans cette ignorance. Incroyable, non? Comme dit Blaise  "Les chiffres sont formels: il y a plus de blogueurs que de lecteurs de blogs..."



jeudi 17 mars 2005

Trois collégiens exclus pour avoir insulté des professeurs sur leurs blogs

CERGY, 17 mars 2005 (AFP) - Trois élèves du collège Henri Matisse de Garges-lès-Gonesse (Val d'Oise) ont été exclus le 10 mars pour avoir insulté des professeurs et diffusé leurs photos sur des blogs, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.
Des photos de professeurs du collège "prises à leur insu" et accompagnées de "commentaires calomnieux" et d'"insultes" étaient diffusées sur les blogs des trois adolescents, a indiqué à l'AFP le principal du collège, Martine Vaugel, jointe par téléphone.
Sur un des blogs, une enseignante était notamment qualifiée de "folle", a précisé Mme Vaugel. Etaient également diffusées des photos d'élèves légendées de "commentaires salaces".
Aujourd'hui effacés, ces blogs avaient été découverts par hasard par un professeur de l'établissement sur le site www.skyblog.com, géré par la radio Skyrock, a expliqué Mme Vaugel.
Exclus en conseil de discipline, les trois élèves, qui ne posaient par ailleurs pas de problème de comportement particulier, ont été rescolarisés dans d'autres collèges depuis, a-t-elle indiqué.
"C'est toujours dommage d'en arriver à l'exclusion d'élèves mais c'est la porte ouverte à tout", a-t-elle commenté, estimant que les blogs incriminés relevaient de l'"irrespect" et de la "calomnie" envers les professeurs.
Un proche d'un des élèves concernés, une adolescente de 14 ans qui a fait appel de son exclusion devant le rectorat de Versailles (Yvelines), s'est pour sa part élevé contre la sanction, "disproportionnée par rapport à la faute commise" selon lui.
Mon commentaire: eh oui, c'est une histoire vraie...



mardi 15 mars 2005

Un indicateur pour sauver la presse: le HLM...

HLM = nombre d'Heures de Lecture Moyen pour 1 000 lecteurs-visiteurs/mois
Par exemple, mon blog = 5 000 visiteurs/mois (on dirait que c'est ça...) qui passent 200 secondes chacun en moyenne à chaque visite.
Résultat: mon HLM est de 277.
Un autre blog, celui de Loic par exemple : 20 000 lecteurs/mois qui passent 10 secondes en moyenne. Son HLM est de 55.
Conclusion: si on faisait chacun de la pub sur son blog, la mienne devrait être quatre fois plus chère que la sienne! C'est pas beau çà comme démo!!!
Le HLM c'est moi qui vient de l'inventer mais sûrement quelq'un d'autre l'avait fait avant, j'ai la flemme de chercher.
C'est parti du nombre de lecteurs web et papier du New York Time (voir ma note précédente); on compare 1,1 M abonnés papier, lecteurs du quotidien, d'un côté et 1,4 M de visiteurs web/jour de l'autre. Et tout le monde en déduit: comme la pub va où y'a du lecteur, c'est foutu pour le papier.
Avec le HLM, c'est l'inverse!



1/ d'abord 1,1 M d'abonnés tout le monde sait, because la circulation
de main en main, cela fait au moins trois fois plus de lecteurs,
soit 3,3 M; chacun y passe en moyenne 20 minutes; le tout 20 jours par
mois pour simplifier.

Résultat: le HLM du NYT papier est de : 22 millions.

2/ Côté web, les 1,4 M de visiteurs quotidiens y passent en moyenne
disons 1 minute; et on prend aussi 20 jours/mois pour simplifier.

Résultat : le HLM du NYT on the web est de : 0,467 million.

=> Conclusion: la pub du NYT papier pourrait être 47 fois plus chère
que celle du NYT on the web. (...c'est ce qu'elle est? Ah bon...)



Blague à part: les pubeux devraient quand même se pencher sur ce temps de lecture/visite. Y'a kékchose là-dedans... Faut bien rêver...


Quel genre de blogueur êtes-vous?

Pour le savoir, il faut lire le petit quizz de Jon Garfunkel, en anglais, qui nous classe ainsi:
- "singer": vous racontez , vous chantez vos petites histoires perso, peu importe si on vous écoute...
- "ringer": "allo, c'est moi!"... on vous connaît ailleurs que sur le web...
- "stringer": le stringer c'est le pigiste, le localier en anglais, qui travaille sur un sujet précis; bref, il y a un thème, une spécialité à votre blog...
- "finger": vous jouez avec vos doigts, vous développez vos sujets dans un contexte le plus large possible...
- "winger":  vous êtes extrème, ou de parti pris, bref l'avocat d'une cause...



lundi 14 mars 2005

Relance de pointblog.com

Une fois n'est pas coutume et à titre tout à fait exceptionnel, je vous livre ci-dessous un communiqué de presse qui peut vous intéresser.
En tout cas, c'est une initiative à suivre puisqu'elle associe un journaliste et un homme de com, duo improbable, particulier, subtil, délicat... Bref:
"Cyril Fiévet et Christophe Ginisty s'associent pour relancer le site pointblog.com et créer la société qui présidera à son développement."



Paris, le 14 mars 2005 - Cyril Fievet, 38 ans, journaliste, auteur d'ouvrages consacrés à la technologie et son impact culturel et social, et notamment Blog Story, livre de référence sur le phénomène des blogs, créateur en 2003 du site pointblog.com et Christophe Ginisty, 41 ans, Directeur Général et Fondateur de RUMEUR PUBLIQUE, l'une des toutes premières agences françaises de relations publiques spécialisée sur le secteur des technologies, s'associent pour relancer le site pointblog.com, le premier magazine du blogging en France.


L'un des 10 blogs francophones les plus populaires au monde, pointblog.com chronique au quotidien depuis deux ans l'évolution du phénomène des blogs et s'attache à en montrer les implications dans le monde de l'entreprise, de la politique ou des médias. Il accueille chaque mois 35 000 visiteurs à raison de 5 000 visites par jour.


Le site pointblog.com sera désormais géré et développé au sein de la SARL Pointblog que les deux associés créent aujourd'hui. Christophe Ginisty assumera les fonctions de Directeur Général. Cyril sera, quant lui, Directeur Associé & Rédacteur en Chef du site. Pointblog sera détenu en majorité par la société NewsGroup, la holding personnel de Christophe Ginisty et Christian Giacomini.


L'objectif de la société est de relancer le site et d'en faire le magazine d'information online de référence sur le phénomène du blogging en France et dans le monde.


Les premières étapes du lancement de ce site vont consister à recruter une équipe éditoriale étendue, retravailler la maquette et la mise en page du site pour mettre en ligne, début avril, une toute nouvelle version, puis enfin constituer une équipe commerciale.


Le modèle économique du site reposera essentiellement sur deux axes :


-    La commercialisation de partenariats avec d'autres sites,
-    L'organisation d'événements autour du phénomène du blogging en France.


Le développement de la société à l'international sera un autre axe de développement poursuivi dans la seconde moitié de 2005.


« Pointblog était jusqu'à présent un blog amateur. La transformation de cette initiative individuelle en une véritable démarche entrepreneuriale est non seulement réjouissante mais aussi édifiante. C'est probablement la première fois en France qu'un blog existant se professionnalise de la sorte. », explique Cyril Fiévet, Rédacteur en Chef du site.


« Le développement des blogs est l'un des phénomènes les plus passionnants de la révolution numérique car il bouleverse les codes de la communication inter-personnelle » a précisé Christophe Ginisty, Directeur Général de Pointblog. « Il s'agit de la première appropriation massive, par les utilisateurs eux-mêmes, des technologies de l'information et cela va durablement changer nos rapports à l'information ».


A propos :
Pointblog est la société commerciale propriétaire et exploitant du site pointblog.com, premier magazine francophone sur le blogging en tant que phénomène de société en France et dans le monde. Fondée en 2005 par Cyril Fiévet et Christophe Ginisty, Pointblog a son siège social à Paris. Le site pointblog.com avait été créé en février 2003 par Emily Turrettini et Cyril Fiévet, puis animé par ce dernier jusqu'en janvier 2005.


Contacts Presse :
RUMEUR PUBLIQUE
Pauline Florentin & Elodie Bailly
Tél : 01 55 74 52 10 / 52 13
Email : pauline@rp-net.com, elodie@rp-net.com http://www.rp-net.com
*************************
Pauline Florentin
RUMEUR PUBLIQUE
2, rue René Bazin - 75016 Paris
Ligne Directe :  +(33) 1 55 74 52 10
Mobile :  +(33) 6 83 73 07 23
Mailto : pauline@rp-net.com
*************************
http://www.rp-net.com
http://www.rumeurpublique.fr


Le terrible paradoxe de l’information gratuite

Que veut dire NEWS ? « Not Ever Willing To Spend »… Pas qestion de payer (pour lire des news on line). C'est la nouvelle blague entre happy few...
Oui, mais…

L’information générale n’est gratuite sur le web que parce qu’elle est payante sur le papier. Sinon, elle n’existerait pas.

Tel est le paradoxe auquel aboutit la lecture d’un article du New York Times (accès gratuit après enregistrement !).

Ce paradoxe se décrit en trois temps :

1. Aucun site de news n’a les moyens de se payer les ressources
journalistiques dont disposent les quotidiens papier. Ils
n’existeraient pas sans eux.

2. Ceux-ci sont confronté à un dilemme : la seule recette qui croit est
celle de la pub en ligne ; mais s’ils font payer l’accès en ligne à
leurs news, ils sacrifient leur audience donc leur recette pub et ils
perdent alors plus d’argent en pub qu’ils n’en gagnent en lecture
payante.

3. L’audience des sites de quotidiens offrant un accès on line gratuit
augmente très vite (+45% par an), en même temps que leur nombre
d’abonnés papier décroît lentement mais inexorablement et, là aussi,
ils perdent plus d’argent d’un côté qu’ils n’en gagnent
de l’autre.

Résultat : sur 1 456 quotidiens américains, un seul quotidien national,
The Wall Street Journal et 40 petits quotidiens seulement font payer
l’accès on line à leurs news.

Si quelqu’un a une solution, je suis preneur !

Pour ceux que çà intéresse en détail, voici ma traduction (rapide!) de cet article.



Les quotidiens peuvent-ils stopper la lecture gratuite on line ?
Par Katharine Q. Seelye
The New York Times, 14 mars 2005
« Les consommateurs sont prêts à dépenser des millions de dollars sur le web pour acheter de la musique ou jouer en ligne. Mais dès qu’il s’agit d’actualité, d’info, ils veulent bien la lire mais pas la payer.
Certains sites de quotidiens sont devenus si populaires que leur audience dépasse celle de la version papier. Les patrons de presse regardent avec anxiété leur nombre de lecteurs diminuer sur le papier et augmenter sur le web. Ils ont du mal à admettre qu’il leur faille donner du contenu gratuitement sur le web.
Cette migration de lecteurs est en train de transformer l’industrie de la presse quotidienne.  La pub en ligne ne compte encore que pour 2 ou 3% du chiffre d’affaire des quotidiens mais elle croît très vite. Alors que la marge de la pub sur papier est nettement plus forte.
Faut-il alors faire payer la lecture des infos sur le web ? Sur les 1 456 quotidiens américains, un seul quotidien national, The Wall Street Journal et environ 40 petits quotidiens le font. Les autres font payer certains types d’accès en ligne ou offrent des services supplémentaires à leurs abonnés en ligne.
Le New York Times va sans doute annoncer bientôt une initiative en ce sens. Le site en janvier 2005 avait 1,4 million de visiteurs uniques quotidiens. Sa diffusion papier était de 1,124 millions en 2004 contre 1,176 millions en 1993. Pour l’instant, le site fait payer les mots croisés, les alertes de news et l’accès aux archives.
En comparaison, le Wall Street fait payer 79 $/an l’abonnement on line qui comprend tout (39$ pour un abonné papier).
Faire payer le contenu on line est plutôt vu par les éditeurs comme une attitude défensive visant à contrer la lente érosion du nombre des abonnés papier. La croissance du nombre de lecteurs on line aurait tendance à se ralentir mais le temps moyen passé sur le site à augmenter. La lecture gratuite des sites de quotidien passe déjà par un processus d’enregistrement (adresse email) qui permettrait de basculer rapidement vers un processus payant, si on prenait la décision.
En 2004, selon Online Publishers Association, les internautes ont dépensés 88 millions de dollars dans la lecture de news on line, une progression de seulement 0,4% sur 2003, alors qu’ils ont dépensé 414 millions de dollars en loisirs, une progression de 90%.
La blague qui circule : le nouvel acronyme NEWS veut dire « Not Ever Willing To Spend » : pas question de payer.
Le site du Los Angeles Times fait payer 4,95 $ pour sa section « Calendar Live » qui couvre les loisirs, avec des listes et des critiques de restaurants, mais le trafic a diminué et il n’est pas certain que le paiement va continuer.
Le site du Chicago Tribne offre un programme « Avantages Abonnés » qu donne aux abonnés papier un accès libre on line aux archives et à un certain nombre de bonus.
Le problème est de savoir ce que les lecteurs sont prêts à payer sur le web. Les informations générales ? On en trouve tellement partout qu’il n’en est pas question. Le sport ? Peut-être si le web donne plus d’infos que le papier. Le Milwauker Journal Sentinel a un package annuel de 34,95 $/an pour suivre ses Green Bay Packers (leur équipe de foot), avec des blogs, des photos pour les fans et des extraits audios.
Mais la seule vraie croissance on line est bien celle de la pub : une croissance de 45% entre 2003 et 2004, d’après une étude sur 700 quotidiens, même si on s’inquiète par ailleurs du développement des logiciels filtrant la pub, comme TIVo pour la télé.
D’où le dilemme : si on fait payer l’accès on line aux news, on risque de faire diminuer l’audience on line donc la pub et on perdra plus d’argent qu’on en gagnera !...
Le cas du Wall Street Journal est quasiment le seul à offrir un contre exemple : 700 000 abonnés on line dont 300 000 uniquement web et 400 000 web et papier. Pour un total de 1,8 millions d’abonnés papier. Évidemment, la plupart des abonnements sont payés non par des individus mais par des entreprises. Néanmoins en limitant son audience web à des abonnés payants, le site limite aussi ses possibilités de pub. Le groupe a d’ailleurs dépensé 519 millions de dollars pour MarketWatch, le site de news financières, dans le but d’être plus attractif pour la pub on line.
Lorsque le Wall Street est passé en payant sur son site, le trafic a diminué des deux tiers. Puis il a redémarré à partir de 1997 jusqu’en 2000 : +35% d’abonnements au 1er trimestre 2000 par rapport au 1er trimestre 1999. Mais ensuite la croissance s’est considérablement ralentie : +2% seulement entre 2003 et 2004.
A une échelle plus petite, un autre journal qui fait payer l’accès on line est The Spokesman-Review, (Spokane, Washington) : une diffusion papier de 100 000 et environ 20 000 de ces abonnés papier accèdent gratuitement à la version online tandis que 545 personnes payent 7$/mois pour uniquement l’accès en ligne. Dès que l’accès est devenu payant, le trafic qui augmentait de 40% par an a stoppé sa croissance : en janvier 2005, il est de 5% inférieur à celui de janvier 2004. Et malgré cela, la diffusion papier a continué à décroître légèrement.
Le business modèle du quotidien papier est en train de décliner ce qui pose problème car c’est lui qui alimente le web : sans articles issus des quotidiens papier, les sites de news n’existeraient pas et ils ne pourraient supporter les coûts d’infrastructure nécessaires.à créer ces articles."